Je me promenais l'autre jour dans un des mes endroits préférés, propice sinon à la méditation, du moins à la rêverie et au vagabondage de l'esprit...Propice aussi à certaines douleurs de l'âme, un peu comme si un gosse se promenait dans le rayon des bonbons en maudissant le carcan de métal qui lui enserre les dents et l'empêche d'accéder à son plaisir gourmand....Mon carcan à moi, il est dans ma tête, et c'est à la fois un plaisir et une souffrance que d'errer dans de tels endroits, mais on est masochiste ou on ne l'est pas...
Je ne vous parle pas du jardin des Tuileries, des bords de Marne ou de tout autre endroit
romantico-photogénique, mais bien plus prosaïquement du rayon chaussures d'un quelconque magasin de centre commercial ordinaire...
Le rayon femme oui bien sur, qui a posé cette question idiote ??
J'aime regarder les modèles, faire mon marché virtuel dans ma tête, et puis j'aime surtout regarder les femmes qui les essaient évidemment, c'est un spectacle fascinant...
Au détour d'une allée, je suis tombé sur deux modèles d'escarpins sublimes qui cohabitaient, fièrement dressés sur leurs talons et sur leurs piles de boite, du 36 au 41, 49 euros 90, il faudrait
être fou pour dépenser plus...
Deux modèles d'escarpin très classiques, noirs, vernis (c'est important le vernis !!), sans fioriture, seule la forme de leur talon semblait les différencier... Bref, s'il eut fallu choisir, j'aurais sans doute pris les deux pour faire plaisir à ma belle (ou plutôt à moi, quel hypocrite !)...
Point de belle à gâter hélas, alors de dépit sans doute, je me suis prêté à un petit jeu intellectuel (??) aussi vain que sans fondement. Trouvant sans doute que je ne me posais pas assez de questions existentielles, celle-ci vint me tarauder le cortex, essentielle et définitive : mais quel modèle je préfère t'il donc ??!!
Je me suis alors surpris à me surprendre moi-même (ça s'arrange le style littéraire de ce blog...)
Il y a 6 mois, si on me l'avait demandé, j'aurais sans doute choisi le modèle au talon aiguille vertigineux, celui qu'on peut à peine marcher avec, celui qui fait clic clac sur le bitume parisien, le bruit qui rend fou ...
Mais là, à ma grande surprise, j'avais plutôt tendance à penser que l'autre modèle, au talon plus gros et plus carré, me plaisait plus, qu'il était finalement bien plus classe que l'autre, un tantinet vulgaire et arrogant...
La différence était subtile, quelques millimètres de cuir et de métal en plus ou en moins, et pourtant, d'un coup, elle avait fait jaillir mille questions, et même, presque, une petite lueur d'espoir...
Questions à la con donc : Nos goûts évoluent ils avec le temps ?...Peut on aimer demain ce qu'on détestait hier ? Peut on changer, tout simplement?...
Et, corollaire fétichiste à tout ça: vais-je enfin devenir raisonnable ?... finir par
admettre qu'il vaut mieux être que paraître ?... Vais-je enfin accepter, par exemple, qu'une femme de droite en jupe n'est pas plus digne d'intérêt qu'une femme de gauche en pantalon ?
Ce sont des questions que je me pose, oui, et moi qui suis tellement de gauche que je trouve parfois Besancenot trop à droite, je crois que je préférerais encore passer une soirée avec
Rachida Dati plutôt qu'avec Martine Aubry... c'est grave docteur ??...
Non, c'est même plus grave, c'est désespéré...Et un peu désespérant...
Autant de questions d'un coup, rien qu'en regardant deux escarpins, c'est un peu comme le talon, vertigineux...
Mais c'est aussi porteur d'espoir, pas comme Martine Aubry...
Car si nos goûts évoluent, si rien n'est définitif, si on peut encore changer à 40 ans, alors oui, tout espoir est peut être permis...
Peut être que dans un mois je n'aimerais plus que les bas résilles au lieu des bas couture....
Peut être que dans trois mois je préférerais les jupes droites aux jupes plissées....
Peut être que dans six mois j'apprécierais aussi les femmes en
pantalon...(hips!!)
....Peut être que dans un an je m'aimerais ...
(Copyright stockingsoncam, site éminemment sympathique dont au sujet duquel je vous causerais
prochainement)



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